samedi, octobre 09, 2010

QUELLE EXPOSITION POUR LE LETTRISME ?







Extrait de l’entretien de Roland Sabatier, le commissaire de l’exposition, avec Philippe Blanchon publié sous le titre de Quelle exposition pour le lettrisme ? dans le catalogue de l’exposition, Lettrisme : vue d’ensemble sur quelques dépassements précis, (Ed. Villa Tamaris Centre d’Art/ La Nerthe, 2010)
P. B. : — L’accès au Lettrisme se fait parfois par des mouvements ou des individualités ayant eu des relations avec le Lettrisme avant de rentrer, parfois, en conflit avec lui ou de l’occulter. Ainsi concernant les œuvres présentes dans cette exposition, peux-tu nous en dire plus sur ce qui t’a motivé quant aux œuvres choisies et à leurs auteurs ?
R.S. : — Mon souhait était de produire une manifestation axée autant sur la créativité que sur la plus grande diversité, et le choix en a été conditionné par différents paramètres. Le plus important a été déterminé par la configuration et la superficie des huit salles de la Villa Tamaris qui excluaient la présentation simultanée d’un très grand nombre d’œuvres, et qui ne me permettaient pas, non plus, comme je le souhaitais à l’origine, de consacrer une salle par participant en laissant à chacun le loisir de l’aménager à sa convenance. Un autre paramètre, non moins important, restait lié au choix des artistes : retenir uniquement ceux du groupe actuel, tel qu’il était constitué à la mort d’Isou en juillet 2007, et qui, avec de nouveau venus, réunit ceux qui n’ont jamais renoncé au noyau central, ou leur ajouter de plus anciens qui sont restés un temps avec eux avant de s’en écarter définitivement. Le fait de tout montrer, outre qu’il aurait connoté la manifestation du sens d’une rétrospective, ce que je ne souhaitais pas, aboutissait pratiquement à ne montrer que très peu d’œuvres de chacun en risquant d’affirmer des disproportions injustes dans la représentation de ses intervenants. De plus, un tel montage obligeait à une présentation inesthétique, arbitraire, sans doute inopérante et contraire au but recherché de fluidité.
Excluant donc cette dernière possibilité, il ne restait plus qu’à privilégier la première qui consistait à ne rassembler autour d’Isou que ceux qui constituaient le groupe « officiel », tel que lui-même l’avait défini et tel qu’il souhaitait que nous le définissions nous-mêmes. C’est ainsi, qu’en dehors d’Isou naturellement, et de moi-même, l’exposition regroupe Gabriel Pomerand, Micheline Hachette, Alain Satié, Jean-Pierre Gillard, François Poyet, Gérard-Philippe Broutin, Anne-Catherine Caron, Woodie Roehmer, Virginie Caraven et, également, Damien Dion qui s’est joint à nous depuis peu. Autant d’artistes qui se sont élevés au-dessus de la masse des producteurs des domaines visuels pour construire, à des degrés différents, de multiples facettes des vastes territoires neufs proposés par Isou — que lui-même, seul, ne pouvait explorer complètement, même s’il en a toujours été le premier expérimentateur — pour leur dévoiler une multitude de nuances créatrices et de développements inédits. Cette sélection, donnée donc comme un choix, peut apparaître aujourd’hui discutable, pourtant, elle n’en privilégie pas moins une « orthodoxie » axée sur une cohérence qui ne saurait être située en retrait par rapport à la réalité objective de ce mouvement, cela même si, en tant que telle, elle s’oppose à la vision plus large, sociologisante, que nous proposent certains « amis» du Lettrisme qui considèrent mieux pouvoir comprendre l’excellence de ce mouvement, alors que se fondant sur des critères partiels et flous, ils ne me semblent pas parvenir encore à en saisir parfaitement ses a priori multiplicateurs profonds. Pour preuve, leur défense du Lettrisme qui s’effectue en même temps que leur défense de groupes ou de réalisateurs que le Lettrisme combat ou qui sont opposés à lui.
Il demeure néanmoins à mon crédit le fait d’avoir retenu dans l’œuvre de chacune des personnalités présentées les quelques pièces ou ensembles, généralement de grands formats, qui me semblaient les plus représentatifs, les plus emblématiques d’apports particuliers, précis, cela, sans ne jamais perdre de vue la nécessité de démontrer la diversité, c’est-à-dire la richesse des formes propres au Lettrisme visuel et à son évolution vers des voies plus avancées encore. À cet impératif, les œuvres choisies me semblent répondre efficacement, dans le sens où, même sans compter la présence d’Isou qui est fortement marquée — avec notamment la reconstitution de son exposition consacrée à l’Art supertemporel, en 1960 à la galerie l’Atome —, elles couvrent l’étendue constructive et destructive, effectuée sur plusieurs décennies, des arts des signes et de l’imaginaire, fondés sur la méca-esthétique et le supertemporel. En fait, plus qu’un choix de noms déterminés, cette exposition reste, dans les intentions mêmes qui ont présidé à son élaboration, un choix d’œuvres.

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