jeudi, juillet 07, 2011

LUCIAN FREUD, TRADITION DU DÉJÀ-VU par Guillaume Robin

Il est étonnant de voir que, parmi les peintres de l’Ecole de Londres (Francis Bacon, Frank Auerbach, Michael Andrews et Leon Koosoff), celui qui remporte tous les suffrages soit le grand maniériste Lucian Freud. C’est aussi le plus classique du groupe. A croire que classicisme rime naturellement avec reconnaissance. Petit-fils du fondateur de la psychanalyse, Lucian Michael Freud est considéré comme l’un des peintres les plus importants de notre époque. L’artiste commence d’abords à peindre dans un style surréaliste dans les années 40 avant de forger l’identité d’une expression figurative qui fera son chemin dans les années 70, jusqu’ au tout dernier hommage décerné récemment au Centre Pompidou.
« L’artiste vivant le plus cher au monde » use de pratiques des plus élémentaires. Il peint inlassablement dans son atelier de grandes compositions faites de portraits, de nus, de paysages profondément liés à la peinture française du 18ème et 19ème siècle. Il doit son style et sa touche à ces ancêtres, mais aussi et surtout à sa rencontre bienvenue et miraculeuse avec Francis Bacon, l’artiste maudit par excellence, crucifiant sa peinture de lourds entremêlements de chairs. L’admiration de Freud pour Bacon agit prématurément : tension du corps, omniprésence du portrait brouillé, composition dans un univers clos. Sa seul disparité tiendra du figuratif et de l’aspect sculptural.
Alors voilà, on contemple sa peinture et on est saisi. Puis, plus on l’observe, plus l’ennui prend le pas sur la surprise. Même thèmes, même corps, même touche, même visage et même…atelier. Pas de progression fulgurante, pas d’évolution picturale et aucune véritable remise en question… Allons, soyons honnête : observez autour de vous le nombre d’hommes peignant comme lui et vous verrez, on en trouve plus d’un capable de mêmes ouvrages… Ce qu’il fait depuis maintenant plus de 50 ans n’aspire à aucune révolution. Car Freud puise sans concession dans les archives du passé. Ce ne sont plus des références mais des Fac-similés redoutables pour le connaisseur. En un coup d’œil, tout est limpide. « On y voit tout » aurait suggérer Daniel Arasse. Pour ne citer que quelques exemples, le massif dos d’homme de l’exposition est la vision expressionniste de la figure centrale du Bain turc d’Ingres, les autoportraits volontairement effacés évoque délibérément Georges Rouault, l’espièglerie des visages tient de Max Beckman, d’Oskar Kokoschka et d’Egon Schiele et la composition plongeante est précisément celle de Paul Cézanne.
Alors pourquoi l’attrait massif pour ce peintre ? La réponse est claire. Sa peinture est immédiatement décryptable et investit un thème qui nous fascine tous : le corps. Une fois percée, cette peinture devient, à vrai dire, plus académique que classique.
Futurs peintres, artistes ou entrepreneurs, lisez cette requête ! Faites des corps, des nus, du monumental, du figuratif : de Ron Mueck à Lucian Freud, de Jeff Koons à Maurizio Cattelan, c’est une valeur sûr, rentable …mais peu transgressive.

William Adolphe Bouguereau. La Naissance de Vénus, 1879
Texte de Guillaume Robin extrait de « Revuescission » (lien: http://revue-scission.com)

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