jeudi, août 09, 2007

LA SOCIETE DU LETTRISME

ISIDORE ISOU ( 29 JANVIER 1925 - 28 JUILLET 2007)
"Il est difficile pour un créateur ou un novateur de parler de Dieu.
Déjà le fait d’être un inventeur ou un découvreur paraît un blasphème à des producteurs ou à des réactionnaires qui croient que l'Eternel pense comme eux. Par ailleurs, croire en Dieu paraît une sottise, une perte de temps, à des esprits forts, qui sont, également, le plus souvent, des agents de l'acquis et des rétrogrades.
J'adopte une nouvelle attitude devant l'Eternel - qu a des milliers d'aspects et de noms, dépendant des points de vue auxquels on se place -, une atitude multiplicatrice, d'invention et de découverte, orientée vers le sens du Savoir et du pouvoir, et, aussi, du Paradis que nous souhaitons atteindre, même si cette expression résulte d'une ancienne légende, justement parce que cette conception nous permet d'évoluer. (...)
Respecter l'Eternel, même s'il n'existe pas, comme une conception de notre destinée et de notre orientation, est une vision nouvelle de nos rapports avec lui, car il est le symbole de tout ce que nous souhaitons rencontrer ou devenir, et cela, en évoluant, pour atteindre la société paradisiaque, avec Lui, ou sans Lui, s'il n'existe pas." 
Isidore Isou, "La Créatique ou la Novatique" (1941 - 1976).

Citations choisies par Anne-Catherine Caron en guise d'hommage personnel à son camarade pour toujours plus vivant que tous les vivants.
















Voir Rubrique La Galerie-Du-Sac-De-La-Dame
dirigée par Anne-Catherine Caron
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NOUVELLE EDITION NUMERIQUE PARUE EN JUIN 2007:
ENTRETIEN AVEC ANNE-CATHERINE CARON, dans le cadre de l'Encyclopédie de l'art contemporain de CLAUDE GUIBERT, au cours duquel l'artiste parle notamment de sa rencontre avec le Lettrisme, de son travail sur le roman à signes, tout en rendant hommage aux oeuvres de MICHELINE HACHETTE, WOODIE ROEHMER et de VIRGINIE CARAVEN, dont elle avait présenté les réalisations dans le cadre de l'exposition IL LETTRISMO AL DI LA DELLA FEMMINILITUDE, en 2003, au Musée d'Art Contemporain d'Albisola (Italie)

« LES POSITIONS DU LETTRISME »
CONFERENCE DE ROLAND SABATIER
Le 11 avril 2007 à 13h30 à L’INSTITUT D’ART VISUEL 
14 Rue Dupanloup à Orléans.
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NOUVEAUTES EN ITALIE
Turin
COLLECTION LETTRISTE
INTIME ET ULTIME
Exposition du 21/4 au 27/5/2007
Isidore Isou, Gabriel Pomerand, Maurice Lemaître, Roland Sabatier, Micheline Hachette, Alain Satié, Jean-Pierre Gillard, François Poyet, Gérard-Philippe Broutin, Woodie Roehmer, Anne-Catherine Caron, Virginie Caraven.
Curatori Roland Sabatier et Anne-Catherine Caron
Villa Cernigliaro Dimora storica
I -13817 Sordevolo, Via Clemente Vercellone 4 Tel. 015.2562793
Ouverture : vendredi, samedi, dimanche de14h à 19h et sur rendez-vous.
Entrée gratuite
Vernissage Samedi 21 avril à 17 heures










VOIR COMMUNIQUE DE PRESSE "COLLECTION LETTRISTE" à LA RUBRIQUE EXPOSITIONS

Vérone
PIANOFORTI LETTRISTI
Vendredi 13 avril et lundi 23 avril 2007
Voir rubrique EXPOSITIONS

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EXPOSITION A L'ATELIER LETTRISTE
PROSE VOILEE SUR MATISSE
ANNE-CATHERINE CARON (voir rubrique Exposition)

Le site de Roland Sabatier, tant décrié pour son aspect minimaliste et anti-site, vient de vivre un moment capital de son existence : la page d’accueil, où figurent ses « concepts », qui était si anormalement lente à apparaître, surgit, à présent, littéralement et instantanément sous nos yeux. Une telle modification mérite d’être signalée.
Par contre, l’intérieur du site que d’aucuns jugent impénétrable, s’est enrichi de nouvelles rubriques : un entretien entre l’auteur et Eric Monsijon sur le thème de « Lettrisme et pédagogie », un extrait sonore de son film infinitésimal « Mise en place de rires justes sur une société injuste » et l’annonce d’une publication à venir intitulée « Petites classes du Lettrisme ».


LISTE DES PRINCIPALES EXPOSITIONS
ET MANIFESTATIONS LETTRISTES EN Italie ETABLIE PAR ANNE-CATHERINE CARON (VOIR RUBRIQUE: ACTUALITES, PUBLICATIONS, MANIFESTATIONS).
NOUVEAU SITE ISIDORE ISOU, PUBLICATIONS COMPLETES


Anne-Catherine Caron
En septembre 2006, devant son roman de 1977 :
"J'écris mécaesthétiquement (Roman hypergraphique illustré)"
également titré "J'écris à Bertrand, Roman"
1977.
(extrait).
Œuvre actuellement présentée dans le Site Officiel du Lettrisme (Voir lien)
Technique mixte sur 44 papiers de différentes couleurs, bois et pinces, le tout constituant un ensemble mural de 150 x 90.
Œuvre réalisée à Paris entre le mois de juin et septembre 1977 et qui a figuré la même année dans l'accrochage du Salon Ecritures 78, au Musée du Luxembourg.

A C T U A L I T E
OEUVRES DE PEDAGOGIE ESTHETIQUE
EXPOSITION ROLAND SABATIER A RENNES
Du 9 novembre au 22 décembre 2006
Vernissage le 8 novembre à 18 heures
(Voir rubrique "EXPOSITION")




















Anne-Catherine Caron
Les Fleurs de Goethe, 2006.
Cette oeuvre a été exposée parmi les nombreuses mécaniques et oeuvres infinitésimales en complément du "Schéma de l'évolution des éléments de la comunication visuelle", lors de sa présentation au SEPA de Rennes, du 9 novembre au 22 décembre 2006, dans le cadre de l'exposition "Oeuvres de Pédagogie Esthétique" de Roland Sabatier.








OUVERTURE PROCHAINE DE LA GALERIE DU-SAC-DE-LA-DAME
(Voir rubrique correspondante)

CREATION DE DEUX NOUVEAUX SITES:
SITE ANNE-CATHERINE CARON
SITE MICHELINE HACHETTE


INFOMATIONS SUR "LE TAS D'ESPRITS" (SEPTEMBRE - OCTOBRE 2006) DANS LA RUBRIQUE "EXPOSITIONS" ET "ACTUALITES"
INFOS FLASH LE 23 SEPTEMBRE 2006 : PRESENTATION DES SITES INTERNET LETTRISTES ET D'AVANT-GARDE (ORGANISEE PAR ERIC MONSINJON) : 17 H 30
























DEBAT AVEC BEN ET ROLAND SABATIER AUTOUR DE LA VERITE DANS L'ART, LES LIMITES DE L'ART, LA FIN DE L'ART"
















Ben Vautier et Roland Sabatier, à l'Ecole des Beaux Arts, le 22 septembre 2006 lors d'un débat organisé autour de l'art.





Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle 
3 août - 12 août 2006 
LE SURRÉALISME EN HÉRITAGE : LES AVANT-GARDES APRÈS 1945 
Direction : Olivier PENOT-LACASSAGNE, Emmanuel RUBIO
VENDREDI 4 AOUT 2006 : CONTRIBUTIONS DE ROLAND SABATIER ET D’ERIC MONSIJON
(Voir rubrique Actualités)

LES VISITEUSES: (RE)VU DU LETTRISME.

















11. LA SUPER-PROPAGATION
M.H. – J’ai appris par la presse italienne, dans un article écrit par un critique progressiste, que RS, EM et ACC sont allés dans un grand colloque universitaire du monde terrien.
W.R. – Oui, cela fait partie de la Super-propagation qui est l’un des buts de l’Ecole Créatrice. Replacer toutes les richesses du monde de la Créatique dans un cadre ajusté, pour éviter, notamment le « figisme » révolutionnaire en art et ailleurs.
M.H. – C’est un travail de Romains !
W.R – C’est aussi un travail de Cerisyens !
W.R. – Je crois que le critique en question fait figurer Duchamp, Breton et Isou sur une même photo.
M.H. – Oui, c’est vrai, mais pas sur le même plan !
W.R. – Tu peux un peu expliquer ?
M.H. – Non pas maintenant. Tu trouveras de nombreuses élucidations grâce à la publication des actes de ce séminaire et elles permettront d’éclairer les tenants et les aboutissants de toute cette affaire historique, les questionnements relatifs aux avant-gardes et à la soi-disant fin de l’art. Si je l’ai bien compris, c’est surtout, RS qui traite de cette problématique dans nombre de ses recherches actuelles.
W.R. – Aujourd’hui la confusion est grande – du moins c’est ce que je crois avoir compris, mais peut-être que je me trompe, moi, je ne suis pas une Visiteuse, mais une simple Suiveuse – j’entends parler, d’une part, de réalité totale et d’un monde totalisant, de tautologies et de stéréotypes, du négatif ou d’un tout et d’un rien non nommé et de sa critique.
M.H. – Il faudra définir tous ces concepts et que tu m’éclaires, que tu mettes pour moi de la lumière dans tout cela pour que je puisse vivre sans toutes ces angoisses, ces doutes, cette confusion ambiante.
W.R. – Dans ce monde de la relativité absolue, du scepticisme élevé en loi qui aligne toutes les données du Savoir et de la Culture sur le même plan, je te comprends parfaitement.
M.H. – C’est un peu l’histoire de « La loi de la Jungle à la Loi des Créateurs », sans vouloir emprunter un titre à un auteur connu…
W.R. – Pour en revenir au Colloque de Normandie où l’on peut dire que le Super-groupe a débarqué, il a également été question du concept de groupe, tu veux dire du groupe de la Super-Structure ?
M.H. – Oui, à travers des exemples concrets concernant plusieurs membres depuis la fondation de l’Ecole.
W.R. – Une école dont le rôle est justement de propager, d’étendre, de clarifier, d’expliciter des fonctionnements inhérents aux formes et aux hommes dans ces cadres précis, sans vouloir trop « hermétiser » mon propos.
M.H. – Alors moi, je voudrais en finir avec le royaume des intellectuels propagandistes d’eux-mêmes et d’une éternité d’errements renouvelés et sclérosés pour parvenir à saisir les significations précises et peut-être « miraculeuses » de la Société futur du Klados pur.
(Lors d’une précédente intervention, nous avions transcrit « AS » , pour signifier « as », c’est-à-dire, les premiers, les meilleurs, les plus puissants. Le recours aux capitales nous semblait en mesure d’appuyer sur ce point. En cela, nous nous moquions des « Visiteuses : Vu du Lettrisme » dont les propos ne sont pas exempts de déclarations situées à ce niveau. Et comme dans cette circonstance, des critiques nous ont été faites du fait d’une interprétation différente de ces initiales, pour éviter ce genre d’ambiguïtés, nous pensons préférables, dans l’intervention présente, de signifier clairement que « ACC » signifie Anne-Catherine Caron, « EM », Eric Monsinjon, « RS », Roland Sabatier).

10. GOUT, GOUFFRE ET GAFFE
M.H. – « C’était bien un créateur qui cheminait sur la route. Encore et toujours éclairé par les phares de la nouvelle culture qu’il venait de découvrir, il avançait sûr de lui… Mais au fur et à mesure de ces avancements progressifs, il rencontrait de nombreuses embûches ».
W.R – Que fais-tu, tu pastiches San Antonio-la-mauvaise-littérature-à-thème, c’est un peu bas de ta part…
M.H. – Je suis dans le divertissement positif… mais j’explore aussi la biographie d’un être exceptionnel, hors du commun…
W.R – Tu veux dire un héros de roman ?
M.H. – Oui, en quelque sorte, mais j’y mêle aussi un contenu original de sentiments, comme dans le roman populaire, mais j’ajoute des nuances. Parfois, je ne suis moi-même que nuance inifnie.
W.R – Mais tu sais qu’à travers de multiples approfondissements successifs dont se dote le genre romanesque qui va connaître son apogée au cours du XIXème siècle...
M.H. – Je te coupe car je suis actuellement en train de suivre une série de séminaires qu’ACC organise sur ce sujet, c’est passionnant, la révolution opérée par SCB dans le roman.
W.R – Tu veux parler du roman hypergraphique ?
M.H. – Pas seulement…
W.R –Il y a aussi les métécisations, par exemple et le travail de Broutin…
M.H. – Ah ! Oui, Gérard-Philippe Broutin qui vient de faire une exposition chez un galeriste italien, R. P. me semble-t-il.
W.R – Tu fais tout de même des raccourcis car il y a d’autres précurseurs en la matière.
M.H. – Oui, bien sûr, c’est justement sur ce sujet que ACC prépare une étude, elle m’a dit qu’elle a encore du matériel à réunir…
W.R – Oui, car il y a roman et roman, de la nouvelle prose et du chaos, si je puis dire.
M.H. – Pour le moment, Je finirai provisoirement par une citation en ce qui concerne ces “mille fois plus fastueuses et plus opulentes façons que tout l’art de l’ écriture a mis en oeuvre au-delà de Cicéron jusqu’à Joyce:













Citation de Roland Sabatier, extraite de son roman hypergraphique "Gaffe au golf", 1964.


9. LES EGERIES DE L’ECOLE CREATRICE
M.H. – Aujourd’hui, j’ai mille ans, comme le disait B, et je pense aux muses, aux égéries, aux Camille Claudel, aux Nush, aux Gala et autres inspiratrices conseillères de grands Maîtres de l’Humanité… mais aussi à des déesses comme Athéna, Aphrodite, Vénus….
W.R. – Et elles te plaisent toutes ses femmes ?
M.H. – Ce n’est pas à ce niveau que je me situe.
W.R. – Il est vrai que tu viens, comme moi, d’une autre planète…
M.H. – J’ai envie de te répondre « Any where out of the word »… Tu comprends, ce n’est pas une histoire de goût personnel, d’émotions, de désirs mouvants, de simples impressions. Cela ne correspond pas non plus à ce qu’on apprend dans les lycées ou les universités, dans les églises, les mosquées ou les synagogues; ce n’est pas non plus dans les bibliothèques habituelles ou dans les revues intellectuelles d’ici-bas. Il s’agit d’être en mesure de situer à leur juste place et valeur des hommes et des femmes qui ont fait progresser l’humanité….
W.R. – Tu veux dire que si l’on ne possède pas le système, la matrice, la superstructure, la ligne d’or d’une régie sous-tendant de multi-distinctions très fines et subtiles répertoriées sur une cartographie ultra-clarifiante, on est capable d’apprécier tout et n’importe quoi ?
M.H. – Oui, exactement, sur la Terre cela se traduit par MD égal les Bronzés et NS égal n’importe quel film d’Alain Resnais ou Godard…
W.R. – Bon, mais ce n’est par hasard si tu as cité des femmes, des femmes qui assistent, qui secondent, des mamans, des putains, des infirmières, des maîtresses, des femmes quoi !
M.H. – Il ne faut pas tout confondre ! Les accomplissements progressistes de l’humanité n’ont pas de sexe, comme l’argent n’a pas d’odeur, oserais-je dire… le corps n’est que le support de notre âme, mâle ou femelle…
W.R. – Il y a quand même des différences ?
M.H. – Bien sûr ! C’est ce que nous constatons ici… Elles sont d’ordre biologique et sont issues de la création détournée de ses objectifs, de la super-aliénation des individus, de siècles où certains hommes étaient eux aussi esclaves de l’ignorance.
W.R. – Et parfois d’eux-mêmes !
M.H. – Oui, plus précisément du non-savoir intégral, de leur inconscient et de l’absence d’avancement de certains domaines de la connaissance, ce que notre GCS-B appelle aussi la multi-ignorance.
W.R. – Bon d’accord, mais si c’était à refaire, voudrais-tu être un homme ou une femme ?
M.H. – Ca c’est une question trop attendue et trop banale de ta part ! Et pourquoi ne me demandes-tu pas, pendant que tu y es, ce que je pense de l’utilisation du Viagra…ou si je crois en Dieu ?
W.R. – Non pour Dieu, je ne te pose pas la question car chez nous, l’affaire est réglée depuis longtemps, nous concevons les forces divines à l’image d’un Créateur, lui-même soumis aux Lois de la Créatique.
M.H. – Bon, mais pour répondre à ta question sur un sexe à choisir avant de naître, cela me fait penser à la méthode académique de la connaissance philosophique aux contenus flous et fragmentaires que GCS-B oppose à la méthode de la connaissance kladologique. Demande-moi, au contraire, si je souhaiterais devenir un inventeur ou un découvreur de domaines de la Culture et de la Vie, ou si, plutôt, je souhaiterais me situer comme un honnête producteur recherchant l’équilibre et le bonheur, profitant des créations d’hier et s’exaltant aux côtés des êtres qui parviennent à défricher des territoires neufs et inconnus, tout en espérant, moi aussi, grâce à la méthode de novation, par une sorte de rotation-passerelle, entreprendre un chemin créateur. Tout sexe confondu, bien sûr !



8. L’INVOLUTION DES « AS »
M.H. – Je voudrais te parler des discours rapportés, çà et là…
W.R. – Tu veux me dire que tu as entendu des discours indirects ?
M.H. – En quelque sorte. Tu sais, il y a discours et discours.
W.R. – Bon, dans ces développements oratoires qui ont lointainement à voir avec un certain art de raconter des histoires et qui ont eu lieu durant les événements d’un certain mois de mai dont on parle encore ici…
M.H. – Tu veux parler d’un fait précis ?
W.R. – Non, de quelques-uns qui donnaient l’impression d’énoncer des diktats. C’était au cours des réunions de la Super-structure.
M.H. – Ah ! Oui, je suppose que tu fais allusion à ceux qui tenaient des propos méprisants sur les intervenants et les mixités externisantes.
W.R. – Oui, la seconde catégorie n’existait même pas pour eux !
M.H. – A mon avis, ces discoureurs se manifestent aujourd’hui encore et, pour les avoir observés dans leurs agissements actuels, ils me sont effectivement apparus dans toute leur insignifiance.
W.R. – Tu veux dire dans toute leur vraisemblance, je suppose.
M.H. – Ce sont des gens qui ne sont pas très aigus et même parfois ambigus, me semble-t-il.
W.R. – C’est n’importe quoi ! C’est du délire ! C’est non analytique !
M.H. – Oui, mais c’est moins drôle que la paranoïa critique !
W.R. – Au fond, là aussi, c’est encore la question des substrats culturels. C’est un klado-déplacement, un désajustement chronique. Car, dans leur propos, il y a un soupçon de « je concentre tout sur moi-même », sur ce « eux-mêmes » qui n’est que l’impression qu’ils veulent donner d’eux.
M.H.. – Tu veux dire qu’ils sont dans l’illusion, dans un abus du moi.
W.R. – Précisément, dans ce « eux-mêmes » qui n’existe pas.
M.H. – Je crois qu’il ne faudrait pas trop les accabler tout de même…
W.R. – Certes, mais notre mission pour une Société avancée demande de la rigueur… GCS-B requiert de nous des super-exigences et des garanties sérieuses dans ce nouveau moment stratégique. On ne peut pas se contenter des frimeurs, des emberlificoteurs, même si nous comprenons qu’ils sont dans l’erreur.
M.H. – Que suggères-tu, alors ?
W.R. – Il faudrait pouvoir leur parler, communiquer …
M.H.. – C’est impossible, ils sont dans la fin de non-recevoir. Ils se sentent supérieurs. Ils se moquent de nous au nom de leur passé historique d’ici-bas.
W.R. – Tu sais ce passé historique est relatif, c’est même en ce qui les concerne un passé simple et... simpliste au niveau de développements non coordonnés…
M.H – Au fond, tu veux dire, d’une part, que leurs apports resteraient limités...
W.R. – Mais n’oublie pas que c’est la création qui est l’éternité devant l’Histoire.
M.H – Ca, c’est CSB qui le dit dans un contexte large…et, je reprends, que d’autre part, ils font preuve d’excès au niveau non seulement discursif…
W.R. – ... mais également de leurs bases parfois anarchiquement structurées. Alors, nous allons prendre nos distances.
M.H. – Oui, car ils sont en dehors de nous. Leur l’involution même passagère est plus que jamais malvenue.
W.R. – J’ai l’impression que la morale de notre discours à nous, c’est que, sans vouloir jouer aux « policières primaires » …
W.R. – Tu veux dire aux visiteuses douteuses.
M.H. – Oui ! il faudrait créer un super-comité de vigilance et d’écoute pour la libération des ego systématisés individuels !
W.R. – Tu as raison nous ne sommes ni des vérificatrices, ni des contrôleuses bornées, nous voulons tout simplement comprendre !

7. L’INTROJECTION : LES ENFANTS DE LA CREATIQUE PASTICHENT LES VISITEUSES
M.H. – Pourquoi ne revenons-nous pas à ACC et à ses romans. J’ai toujours été intriguée par ses titres qui reprennent systématiquement cette appellation.
W.R. – Elle n’est pas la seule à avoir parlé de roman, et loin de là. J’ai vu d’autres œuvres intitulées ainsi, elles ressemblent à des peintures depuis que GCS-B a proposé cette nouvelle forme de narration en 1950.
M.H. – Oui, mais on raconte aussi qu’ACC travaille sur une « Histoire du Roman lettriste », et qu’elle commence par RS ou bien JPG… je n’ai pas bien compris.
W.R. – Pourquoi associes-tu ces deux noms ? Il est vrai que cela me dit quelque chose, ces deux noms mis ensemble.
M.H. – Oui, tu les as entendu évoqués par Carlotta C. qui est venue voir son exposition, « Romanzo di una lettrista », alors que nous étions à la Galleria delle donne pour notre mission afin de réfléchir sur cette idée de la féminité dans le Lettrisme. Tu sais, ces idées d’exposition de femmes. Il faut réfléchir à ça... pourquoi pas des expositions d’hommes après tout ?
W.R. – Tu veux dire qu’à l’image de « La Mécanique des femmes » l’on pourrait faire « La Mécanique des hommes », comme l’a dit récemment ACC.
M.H. – J’ai l’impression que tu manies trop d’idées d’un coup. Tu t’éloignes de la kladologie et tu deviens franchement confusionniste. Cela sans vouloir te blesser, naturellement.
W.R. – Tu as raison, revenons à l’expo que j’ai revue avec Carlotta et sa petite fille blonde comme un Botticelli…
M.H. – Oui, alors ?
W.R. – Je voulais te dire que dans le roman d’ACC qui raconte sa vie dans le Lettrisme, elle introduit des tas de personnages et j’y ai vu un portrait de JPG… il y a quelques années et celui de RS maintenant.
M.H. – Tu veux dire qu’à partir de GCS-B, sa vie est allée de JPG à RS ?
W.R. – Oui, c’est ce que certains ont raconté pour fabriquer de la légende et faire une analogie avec la vie de George Sand qui reste associée à AdeM. et à FC.
M.H. – Elle dit peut-être cela, mais peut-être ne le dit-elle pas ?
W.R. – Finalement, ce que tu veux dire exactement, c’est que ses personnages ne sont pas des personnages qui agissent, mais qui se regardent agir, un peu comme dans le roman qui réfléchit sur lui-même.



6. TU TE LAISSES ALLER
M.H. – Je vais te faire vivre une séance de super-klado-exigence.
W.R. – Pourquoi ?
M.H. – Parce que j’ai le sentiment que depuis quelques temps, tu te relâches, tu vis dans des dimensions restreintes, fragmentaire du genre « Luxe, calme et Volupté », « Tout le reste est littérature », « L’histoire est un cauchemar dont j’essaie de m’éveiller » et même « Tous Dieux, tous Maîtres ».
W.R. –Tu me persécutes ! Tu me renvoies à mon manque primordial. Je fais tout pour l’oublier et quand j’y pense, je suis malheureuse comme les pierres. Tu me pétrifies littéralement !
M.H. – Bon, l’hyper-clarification, ça passe par des actes, par du faire, quoi ! En fait, avec toi, je voudrais plus précisément revenir sur cette notion d’écriture…
W.R. – Tu parles des notations utilitaires dont je me fous éperdument.
M.H. – Pas seulement, je voudrais te parler du flot de la pensée qui se canalise sous la forme d’une prose post-joycienne…
W.R. – Tu parles d’un métier, d’une pratique. Mais, ça, je le sais, la littérature signifie avant tout un problème de « technique ».
M.H. – Oui, mais on évolue dans son usage et dans son agencement, au niveau personnel, du moins.
W.R. – Tu veux parler des matières inédites extraites de ce cerveau en friche qu’est la nature prolongée par ses moyens de communication…
M.H. – Là tu cites GCS-B. Tu te caches derrière lui, c’est trop facile à la fin ! Je veux parler de pourquoi, parfois, tu fais ou tu ne fais pas…
W.R. – Tu veux que je te dise que l’utilisation personnelle du système de notation communément adopté nécessite un entraînement systématique. Trouver des idées, les dire avec des mots, faire un plan, imaginer un début, une fin, faire des analogies, puiser dans la culture…
M.H. – Je te coupe ! Tout est une question de culture.
W.R. – Alors, cela veut dire que je n’ai pas assez de culture.
M.H. – Je n’ai pas dit ça.
W.R. – Alors, pas assez de culture de l’effort, sans nul doute…
M.H. – Arrête de faire l’idiote, je veux dire pas la culture des enjeux, mais la culture de la vraie hiérarchie des valeurs, la culture du futur, la culture des alentours !
W.R. – La culture de moi aussi, j’espère !
M.H. – Ne joue pas avec les mots. Je voulais dire des autres domaines.
W.R. – Pour te répondre… Tu sais, souvent, je ressemble aux Humaines… C’est parce que, malgré mon désir de faire, je reste souvent dans le désir du désir de faire, je le pense du moins… C’est peut-être parce que je suis maniaco-dépressive ou amoureuse ou, encore, inquiète ou jalouse, c’est peut-être aussi un déni de la personnalité…
M.H. – En fait, je pense que c’est parce que tu as des idées derrière la tête…J’ai même l’impression que tu fonctionnes un peu comme ACC que je connais bien maintenant, au point que j’ai l’impression de l’avoir fabriquée…
W.R. – Mais je ne suis pas devant un tribunal, tu n’es pas le maître absolu, tu n’es que toi ?
M.H. – Cela ne veut rien dire « être-soi ». On est que ce que l’on essaie de faire. Si exister un peu, pour ce « soi » que tu as intégré au point de penser qu’il te caractérise, c’est créer, je t’avoue, qu’à mon avis, ton cas est grave.
W.R. – Alors, moi, j’aurais des idées derrière la tête, je serais ambiguë à ton avis. J’ai l’impression que tu véhicules de vieux clichés arriérés de l’école dépassée…
M.H. – Mais non, tu n’as pas compris ce que je voulais dire. Quand je parle d’idées derrière la tête, je te dis une chose concrète, je ne fais pas un jeu de mots. Je n’ai pas l’esprit mal tourné, moi !
W.R. – Et alors, où veux-tu en venir ?
M.H. – Je parle du fil qui relie l’ensemble du réseau des idées très entremêlées, très confuses, très partielles, très, plus, graves, trop graves, que tu as derrière ta tête. C’est ce fil que je viens de sectionner….
W.R. – Alors, je vais mourir….
M.H. – Oui, ta tête va tomber.
W.R. – Alors, je me rends ! C’est vital pour moi l’écriture, l’as-tu compris ! Pour communiquer les idées de la Créatique ! Celles de nos camarades ! Celles qui concernent les œuvres que j’ai encore à réaliser sur notre planète !
W.R. – Tu me promets que tu ne recommenceras pas, sinon, fini les suiveuses-visiteuses. Je ferme boutique !


Légende de la photo ci-dessous: Woodie Roehmer, "Roman de la fête", 1971.
Acrylique sur toile. 46x38 cm














5. LA FEMME APPROXIMATIVE
M.H.- Aujourd’hui, je voudrais te parler de la représentation de la femme dans la peinture, dans la littérature, dans la sculpture…
W.R. – Là , elle est plus rare !
M.H.- A voir….
W.R. – ... dans le théâtre, la musique, les dessins de GCS-B, la publicité, les bandes dessinés, l’hypergraphie, l’infinitésimal, l’excoordisme, peut-être même dans le super-temporel et dans la pornographie…
M.H.- Tu mélanges des genres très différents !
W.R. – J’en conviens, n’empêche qu’une femme est toujours une femme, non !
M.H.- A voir…
W.R. – Je mélange aussi des idées très différentes…J’en ai bien conscience.
M.H.- Je parie que tu es dans un super-délire organisé qui devrait te conduire à trouver une idée.
W.R. – Une idée de femme, bien sûr.
M.H. – Oui, une idée approximative…c’est-à-dire, à bien y réfléchir, pas du tout une idée…
W.R. – J’ai du mal à te suivre dans les méandres d’une pensée que tu n’exprimes pas…
M.H. – Ce n’est pas que je veuille la garder pour moi, mais elle ne parvient pas à émerger. C’est comme de l’impuissance créatrice, tu comprends…
W.R. – Ca arrive, ne t’inquiète pas….
M.H.- Mais au fond, l’absence d’idée, c’est toujours une idée. C’est un peu la mienne quand je regarde les carrés d’ACC qui n’est nulle part, mais qui est aussi partout avec ses histoires de carrés : dans son « Roman à Equarrir » et, même, dans son extrait des « Années Lettristes » que nous avons vu, elle associe plusieurs styles. C’est comme des multiplates-formes presque hybrides.
W.R. – A moins que cela ne soit volontaire…
M.H. – On ne saura jamais…
W.R. – Il faudra le lui demander.
M.H. – A Ca, surtout pas !
W.R. – Pourquoi ?
M.H. – Parce que, pour moi, l’œuvre doit garder un peu de mystère, comme une femme justement, pour exister… Tu sais qu’il faut mettre ces choses-là en scène, qu’il faut aussi connaître leur contexte, les situer dans l’histoire du domaine qu’elles explorent. Alors, si, en plus, on voulait décomposer et disséquer tous les éléments, les rythmes, les thèmes, les ambiances… Où irions-nous ?
W.R. – Oui, mais la méthode de création, ça existe, ce n’est pas pour les cochons tout de même ?
M.H. – Bon, cela ne fait rien. De toute façon, je viens presque d’homologuer mon idée car, de ce pas, je vais l’exposer au GAM de Turin où des tas de photographes sont présents pour la venue d’Achille Bonito Oliva à l’occasion de « Métropolis ». Il ne s’agit pas du film expressionniste, mais encore une resucée de manifestations où les critiques récupèrent les avant-gardes et surtout leurs créateurs.
M.H.- Tu veux dire aujourd’hui, le 4 février 2006.
W.R. – Oui, à 15h51.
M.H.- Mais, sans vouloir te blesser, ton idée, ne ressemble-t-elle pas à une œuvre réalisée par un autre membre de la superstructure dont j’ai déjà entendu parler.
W.R. – Tu n’as pas encore compris que nous étions dans un jeu de miroir permanent, dans une mise en abîme infinie, dans un vertige de boucles indéfinissables, que, en somme, nous ne sommes pas dans le Réel de la réalité, que nous nous évoluons dans des limbes inqualifiables aux cercles excentriques innommables – tout cela, naturellement, dans le sens propre des termes, j’entends.

4. LA SOCIETE DE LA REPRESENTATION
M.H. – Parfois, j’ai l’impression que tu fais des manières et que tu poses, en somme que tu fais du cinéma…
W.R. – Tu veux dire que je suis égocentrique, narcissique, imbue de moi-même, une statue sans substance, presque une oie vivante… devant une salle vide ou " La Salle des idiots" du film supertemporel d'Isidore Isou.
M.H. – C’est drôle ce que tu dis. Je ne sais pas si beaucoup d’êtres de sexe masculin que j’ai entrevus sur Terre auraient ton recul… Alors que nous sommes si loin, si loin de tout aujourd’hui. Il faut que je t’avoue que moi aussi, je me sens souvent vide, fade, insipide, nulle, moins que rien, au-dessous de tout….
W.R. – Si ce n’était cette dictature éternelle de mon propre regard qui m’habite presque intrinsèquement, je voudrais vraiment être au-dessus de tout, comme nous a définies notre père spirituel qui nous héberge chez lui depuis les années 1990. Mais je pense aussi, de temps en temps, à ce que j’ai essayé d’accomplir de positif…dans l’une de mes vies antérieures, sans vraiment m’en rendre compte..., comme Monsieur Jourdain découvrait la prose, et bien d’autres la super-écriture, sans vraiment le savoir…
M.H. –Tu veux dire lorsque nous défilions à la FIAC avec des tee-shirts externistes…, lorsque nous exposions nous-mêmes dans des salons…
W.R. – Je ne pensais pas à ça, mais au fond, lui, que tu citais plus haut, il a le mérite de nous maintenir bien vivantes. Quelle étrange expression pour nous qui sommes virtuelles et éphémères…
W.R. – Tu veux dire, plus réelles du tout, artificielles !
M.H. – Oui, comme l’essence de l’art, tu sais, l’art des combinaisons gratuites…
W.R. – Pour paraphraser un déviationniste qui est devenu situationniste, je dirais que tout ce qui était réellement notre identité terrestre s’est éloignée dans l’incarnation de la représentation d’un artifice.

Légende de la photo ci-dessus. Isidore Isou. "Le Film supertemporel ou La Salle des idiots", 1960. Installation au Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne dans "Après la fin de l'art - 1945 - 2003".

3. UNE IDEE DE FILM OU UN FILM A IDEE
M.H. – Tu sais que l’on nous filme en permanence comme dans les émissions de télé-réalité…..
W.R. – Tu veux dire que l’on filme la reproduction du déroulement de l’absence d’image de notre existence…
M.H. – Exactement !
W.R. – Mais ça c’est une vraie œuvre qu’ils sont en train d’élaborer sur notre dos…
M.H. – Ca ressemble à un complot organisé…
W.R. – Il y a du collusif, là-dedans…
M.H. – Ca doit être la bande des quatre !
W.R. – La bande des quatre ?
M.H. – Oui, exactement !
W.R. – Tu veux dire ces types qui font partie de la grande famille du cinéma…
M.H. – Oui, exactement !
W.R. – Mais tu sais, c’est comme chez les Frères Lumière ou chez le sous-surréaliste et son frère scénariste, il y en a toujours un qui est plus fort que les autres…
M.H. – Tu veux dire qu’il en est ainsi parce qu’il a fait plus de choses …
M.H. – Et, les autres ?
M.H. – C’est du niveau de la petite chose filmique …
W.R. – Mais il y aussi une fille dans le coup ?
W.R. – Oui, mais tu sais, elle est venue après…
W.R. – Qu’a-t-elle réalisé comme film à voir ?
M.H. – Ses films ne sont pas à voir, ni à écouter, ni à toucher !
W.R. –Alors, ils sont anéantissants !
M.H. – Depuis « Traité de Bave et d’Eternité », tous les films anéantissent…
M.H. – Tu sais bien que « Le cinéma passe d’une phase mobile à une phase immobile. Il cesse alors de bouger et arrive même à se fixer. A un certain moment, le cinéma prendra complètement le contre-pied de ses anciennes agitations. On dira que le cinéma est devenu l’anti-mouvement du cinématographe . »
W.R. – Puisque tu parlais de ceux qui font davantage, je pense à l’auteur du « Songe d’une nudité », qui, justement, néantise allègrement avec « Les Preuves », « Regarde ma parole qui parle (le) cinéma », « Reproduction », « Quelque chose de plus », « Episodes et narration », « De la loi de la jungle à la loi des créateurs », « Dispersions et idées fuyantes », « Le film (n’)est (plus qu’)un souvenir », « Motivations secrètes », « Petits films paisibles », « Le combat permanent pour la création. » « Pour-Venise-quoi ? », « Sur normale constante...
W.R. – Je comprends, elle est belle jusque dans sa démolition, la grande famille du cinéma que tu me décris là !

Légende photo ci-dessus : Anne-Catherine Caron. "Corrélations avec l'éternité", 2004. Film excoordiste sans pellicule, présenté avec des "Romans excoordistes en bandes roulées", 2003. Galleria Balestrini, Albisola, Italie, 2004.

2. MICHELINE ET LE LABYRINTHE
M.H. – Tu te souviens que je t’ai parlé des décompositions labyrinthiques de MH ?
W.R. – Oui, l’homonymie apparente te fait penser qu’il s’agit de ton double comme le Smith d’Edgar Poe…
M.H. – Non pas du tout, d’ailleurs si l’on appelle l’Autre, notre Semblable, c’est qu’il doit y avoir une raison quand même…Ou alors le langage serait arbitraire et non pas une convention, comme je l’ai lu chez certains linguistes d’ici…
W.R. – Où veux-tu en venir, aux Pyramides égyptiennes peut-être ?
M.H. – Oui, exactement…Je pense à la décomposition, je pense à toutes les divisions possibles des signes de la communication… je me dis que c’est ce qu’elle a essayé d’accomplir.
W.R. – Bon d’accord, peut-être…. Mais il y aussi l’introduction du labyrinthe en soi…comme figure.
M.H. – Oui, cela fait naturellement penser aux recherches de Léonard…le thème de l’entrelacs aussi…sans penser qu’il a également parler des nœuds…
W.R. – Ah oui, c’est vrai, comme tout créateur, il a touché à Tout, quoi !
M.H. – Je ne sais pas… car il ne connaissait pas encore les tenants et les aboutissants…
W.R. – Tu veux dire qu’il était encore dans le labyrinthe…
M.H. – Bon, ici le labyrinthe au niveau du symbole, c’est certes l’allégorie de la vie humaine… mais, c’est aussi le processus nécessaire des métamorphoses dont surgit un homme nouveau, quand même…
W.R. – Je parie que cette nuit, tu t’es remise à la lecture d’U. Dédale, Dédalus…
M.H. – Et puis, ces cubes d’ombre sur son déjeuner sur l’herbe infinitésimal qu’elle a dispersés ça et là…
W.R. – C’est une œuvre bien mystérieuse à décrypter…
M.H. – Mais il ne faut pas tomber dans une herméneutique facile, dans la pseudo-culture de l’exégèse-délayage qui empêche de considérer les éléments en tant que tels dans leur organisation gratuite…
W.R. – Mais le labyrinthe c’est aussi la métaphore du passage… vers la mort…, une punition…un parcours prévisible et imprévisible dont quelqu’un connaît l’issue, alors que le promeneur l’ignore…
M.H. – Oui…
W.R. – Il faut se pencher davantage sur son œuvre, elle va nous apprendre la navigation sur la Carte Intégrale des Images Plastiques.
M.H. – Mais je vois dans le petit catalogue « Le Lettrisme au-delà de la Féminitude », qu’elle a également fait, en 1964, des « Lettres superposées »… une autre œuvre qui s’appelle curieusement « Thème », c’est puissant, ça… une autre qui parle de sadomasochisme…Sadoche, Masoche, Basoche….
W.R. – Tu fais un poème ?
M.H. – Non, je n’aime pas les particules sonores à consonance culturée, je trouve que c’est dépassé depuis longtemps… je ne fais qu’associer librement comme ABCD…
W.R. – Oui, mais ça, ça reste limité…l’onirique, l’irrationnel, c’est rétréci aujourd’hui…
M.H. – Oui, c’est comme le labyrinthe, on n’en sort pas… une répétition vide, stérile…
W.R. – Sauf nous, qui avons trouvé les chemins de traverse… sans le vouloir totalement… nous nous sommes abandonnées à nos connaissances…
M.H. – Oui et qu’en reste-t-il ?
W.R. – Le monde du multiple surdimensionnable, tu sais, cet endroit magique, je ne fais pas du bavardage de femmes, de lavandières, Eve, Isis, Psyché, la Vierge Marie, le grand principe de l’univers, peut-être un peu comme dans Plurabelle…
M.H. – Ce qui reviendrait à dire que, pour utiliser ma sentence formulative fétiche, que MH a imprimé du sens qui pourrait signifier que si l’art recherche sa réalisation, il faut aussi que l’être en tant qu’il est phénoménal recherche les moyens de le matérialiser…

Légende de la photo ci-dessus: Micheline Hachette. "Le Déjeuner sur l'herbe (Réinterprétation infinitésimale)", 1978. Exposé la première fois au Salon de la Lettre et du Signe à Paris au Palais du Luxembourg la même année.

1. LE SUPER ORGASME ORGIATIQUE
M.H. – Ah ! la disparition du Psi de JPG, Ah ! la profusion illimitée du texte emblématique de RS, Ah ! les condensations diluées de WR, Ah ! les chinoiseries signiques de FP ! Ah les lettres latines gestuelles de AS ! Ah ! les légendes indiennes de VC, Ah ! les décompositions labyrinthiques de MH !, Ah ! la prose fruitée de GPB ! Ah ! les suites carrésiques d’ACC…
W.R. – Que fais-tu, tu simules un orgasme ?
M.H. – C’est mieux qu’un orgasme, qu’un rythme inoubliable hérité de la passion. Je veux dire que ce n’est pas une mono-jouissance, ou même une bi-jouissance, si tu vois ce que je veux dire...
W.R. – Qu’est-ce que c’est alors ?
M.H. – C’est comme la Carte Intégrale du Tendre…C’est tous les organes à la fois… la plénitude absolue. Je ne sens plus mon corps…Je n’avais jamais connu cela jusqu’à ce moment précis ! Quelle rencontre érotologique !
W.R. – Tu es sûre que tu n’exagères pas un peu ?
M.H. – L’inaltéré, le vierge, l’intouché, l’intact, le superfarfouillage, l’ultra- localisation, la fraîcheur primitive et originelle, quand on en connaît les substructures, le radical, l’étymon, les radicelles, la protohistoire, son germe primordial, ses ferments originaux, ses abysses éternels, son continent noir que l’on pénètre pour le situer justement…jusqu’à sa récognition totale, Ca arrache ! Ca gicle ! C’est irrésistible ! Je te le promets.
W.R. – Je te trouve très expansive aujourd’hui.
M.H. – C’est normal. Je viens de faire l’amour !
W.R. – Je t’ai connue plus retenue…
M.H. – Ce n’est que l’un de mes multi-moi qui parle…
W.R. – Dis-moi puisque l’on parle de « ça », j’ai lu chez un psychanalyste à la mode ici-bas que la femme que tu es toi aussi, ne serait " pas toute »…
W.R. – Ah, oui, c’est vrai….Je dois t’avouer que ma compréhension de ces demi-mots, anti-phrases, sous-entendus post-freudiens…ces insolites escapades gordiennes…est tout de même fort limitée…
M.H. – Oui, mais moi qui n’ai pas ta profondeur psychokladologique, j’appelle ça des jeux de mots ablatifs et « exisoires »…
W.R. – Tout ça parce que l’on ne possède pas ce petit signe de ponctuation hypergraphique supplémentaire qui sert ordinairement pour marquer une pause et qui fait si amoureusement vibrer…c’est un peu beaucoup tu ne crois pas…
M.H. – Tu n’as pas l’impression d’être un peu hystérique, toi !
W.R. – A bas les sales flics psychiatres !
M.H. – Espèce de camisole de force chimique ! Calme-toi, on va sortir. On va aller à la nouvelle cinémathèque « française », à Bercy (enfin, tu sais à Paris, en France) et on va demander de nous passer « Projection », ce film de 1990 aux mêmes signes bleus inlassablement répétés de RS, dont la responsable du film expérimental nous a avoué qu’elle le passait quand elle voulait rire aux éclats…
M.H. – Mais ne t’inquiète pas, je ne fais que te décrire le prolongement du rêve imaginaire, l’archétype d’une hallucination négative, l’anti-délirium tremens que le soupçon d’une idée fugitive émise par le squelette de mon ombre vient de faire surgir d’un opercule inexistant…. Un anti-dialogue pour un anti-film transparent invisible et inimaginable !

Légende de la photo ci-dessus: Jean-Pierre Gillard. "La démarche infinitésimale pour Catherine Caron", 1973. Collection privée, Paris.

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